Conférence de Catherine Jousselme


Catherine Jousselme

Catherine Jousselme, Professeur de psychiatrie de l’enfant et psychanalyste, a axé sa conférence lors du colloque « Rencontres à l’Adolescence » sur « Nouvelles familles et adolescence : nature des enjeux adolescents ».

Catherine Jousselme rappelle que le système de parenté occidental est basé sur un système bilinéaire à savoir que « l’enfant appartient au père et à la mère » et que leur rôle est de « prendre soin, protéger, éduquer et transmettre », Catherine Jousselme précise qu’aujourd’hui les parents pensent qu’ils n’ont plus rien à transmettre et qu’ils ne se sentent plus responsables de leurs enfants. Ils préfèrent « donner de l’avoir au lieu d’être avec leur enfant ». Pourtant c’est tout le contraire, pour grandir l’enfant a besoin de temps, de limites, de continuité, de sécurité et d’amour.

En 2014, le schéma familial a évolué. Ces nouvelles familles s’appuient sur l’adoption, la PMA, le divorce, la monoparentalité, la famille recomposée, l’homoparentalité, la coparentalité. Bref, la famille change. La question est de savoir ce que deviennent ces ados dans cette nouvelle structure. À l’adolescence, le jeune est en pleine construction identitaire. Il a besoin d’entamer un processus de séparation avec les parents pour s’individualiser et en même temps il a besoin de se sentir en sécurité et proche d’eux parce que fragilisé dans sa période de recherche identitaire et sexuelle. Par contre si les parents sont en conflit, l’ado n’aura pas assez d’appui pour se construire. En effet, « si les parents sont en conflit, le processus de séparation est plus compliqué ». Et si le conflit n’est pas parlé, l’ado le ressent et cela peut créer une angoisse chez lui. Catherine Jousselme donne l’exemple du père qui devient homosexuel. « Si papa assume son homosexualité, si maman ne crache pas sur papa, si papa et maman arrivent à se parler » alors l’ado n’aura pas de difficulté particulière pour s’épanouir. En effet, « l’ado se construit dans le regard de l’autre » alors s’il y a de l’amour, du respect entre les parents quels que soient leurs différends alors l’enfant peut prendre confiance en lui et nourrir sa propre estime de lui. Assumer ses choix rassure l’ado.

Catherine Jousselme continue son discours sur le divorce et la résidence alternée. La famille recomposée est comme le dit Catherine Jousselme « un choc des cultures » et qu’« il faut du temps pour tricoter ensemble un moins mauvais système ». Qu’il y ait une fratrie ou pas, des règles communes ou pas entre les deux familles, qu’un des deux parents ait élevé seul son enfant pendant une longue période, le risque rencontré existe quand il y a un conflit entre les parents divorcés ou un désaccord dans le nouveau couple. L’enfant doit se sentir bien et non mal à l’aise de savoir qu’un des parents souffre de cette situation. Les ados sont capables de faire preuve de plus de souplesse contrairement aux parents qui doivent apprendre à minimiser les conflits.

Concernant les nouvelles familles, il y a aussi celles dont les enfants sont issus de l’adoption, de la FIV (Fécondation in Vitro), de l’IAD (Insémination artificielle) ou encore de l’accouchement sous X. À un moment ou à un autre, l’enfant a besoin de connaître son identité pour se construire. Il va donc poser des questions et c’est son droit. Si le secret persiste, l’enfant peut connaître des difficultés pour bien grandir. Attention qui dit lever le secret, ne dit pas lever l’anonymat. D’ailleurs peu d’enfants ont le désir de connaître le fin fond de l’histoire, ils veulent juste savoir d’où ils viennent et comment.

Quant à la famille homoparentale, Catherine Jousselme rappelle qu’il n’y pas plus de difficultés à élever un enfant quand on est un couple homosexuel ou un couple hétérosexuel. Si difficulté il y a, cela provient de l’entourage, des grands parents qui ont un rôle important à jouer, et qui ne veulent pas reconnaître les enfants du couple.

Pour résumer, il n’y a pas de recette magique pour bien grandir dans ce qui a été nommé ici les nouvelles familles. Pour bien grandir l’ado a besoin de construire son identité et cette quête identitaire est possible si l’enfant connaît son histoire de vie et non son histoire de gènes et si l’enfant n’est pas dans un conflit de loyauté vis-à-vis d’un des parents. Un enfant qui voit ses parents divorcés heureux est lui-même heureux.

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